ReaConsult — Expert Immobilier Certifié RICS au Maroc
Droit foncier13 min de lectureAvril 2026

Droit de superficie au Maroc :
zina, houa et Code des droits réels

Le droit de superficie est l'une des notions les plus fines — et les plus mal comprises — du droit foncier marocain. Zina, houa, articles 82 à 94 du Code des droits réels, méthodologie RICS d'évaluation : ce guide expose tout ce qu'un propriétaire, un expert ou un investisseur doit savoir en 2026.

Durée maximale
40 ans
Art. 84 Code droits réels
Décote typique
15-35 %
Selon durée résiduelle
Cadre légal
Art. 82-94
Code droits réels loi 39-08
Méthode RICS
VPS 5
Red Book Global Standards

Qu'est-ce que le droit de superficie ?

Dans le droit commun, celui qui possède le sol possède tout ce qui se trouve dessus et dessous — c'est le principe de l'accession, hérité du droit romain et codifié dans la plupart des législations modernes. Le droit de superficieest l'exception juridique à ce principe : il permet à une personne de posséder des constructions sur un sol qui ne lui appartient pas.

Au Maroc, ce mécanisme est encadré par les articles 82 à 94 du Code des droits réels (loi n° 39-08 du 22 novembre 2011). Il distingue deux figures principales :

  • Le tréfoncier (propriétaire du sol) — il conserve la propriété du fonds, du dessous et de ses droits sur le terrain
  • Le superficiaire (titulaire du droit de superficie) — il est propriétaire des constructions, plantations ou ouvrages qu'il a élevés ou acquis sur ce sol
À retenir
  • Le droit de superficie est une exception au principe d'accession
  • Il sépare la propriété du sol et celle des constructions
  • Il est obligatoirement inscrit au titre foncier pour être opposable
  • Sa durée maximale est de 40 ans (renouvelable par accord)

Zina et houa : deux notions propres au droit marocain

Avant même que le législateur n'introduise le droit de superficie dans la loi 39-08, le droit coutumier marocain connaissait déjà deux figures spécifiques : la zina et la houa. Issues de la pratique urbaine des médinas anciennes — Fès, Marrakech, Tanger, Rabat — elles permettaient de répondre à des besoins très concrets : densifier sans fragmenter le sol, partager un immeuble entre plusieurs ayants droit, transmettre un étage sans perdre la cohérence du titre foncier.

Le Code des droits réels les a intégrées sans les renommer — on parle encore de zina et de houa dans les actes notariés, les jugements et les expertises immobilières actuelles, y compris dans les immeubles modernes de Casablanca et de Rabat.

CritèreZinaHoua
NatureSurface bâtie (constructions existantes)Volume d'air / droit de surélévation
Origine historiqueDroit coutumier Melk, traditions urbaines des médinasDroit coutumier Melk — extensions verticales
Objet du droitPropriété d'un étage ou d'une partie bâtie existanteDroit de construire en surélévation d'un existant
Situation dans la copropriétéSouvent associée à des lots dans les anciens immeubles marocainsTerminologie reprise dans certains règlements de copropriété
Évaluation RICSValeur = surface × prix/m² × coefficient d'étage − décote duréeValeur = volume constructible × prix/m² projeté − coût construction − décote

Dans la pratique, la zina est le cas le plus fréquent aujourd'hui : elle concerne tout propriétaire d'un étage bâti dans un immeuble dont le foncier appartient à un autre. La houa, plus rare, survient quand un propriétaire achète le droit d'ajouter un ou plusieurs étages au-dessus d'un immeuble existant — une pratique en fort développement dans les quartiers centraux de Casablanca, où la rareté du foncier pousse à la densification verticale.

Articles 82 à 94 du Code des droits réels : analyse article par article

Voici les articles clés qui structurent juridiquement le droit de superficie au Maroc. Chaque disposition a un impact direct sur la valorisation économique et la sécurité juridique du droit.

Art. 82Définition
Le droit de superficie confère à son titulaire la propriété des constructions, plantations ou ouvrages situés sur le sol d'autrui.
Art. 83Constitution
Le droit de superficie peut résulter d'un contrat, d'un testament, d'une prescription ou de toute autre cause légale. Il doit être établi par écrit et inscrit sur le titre foncier.
Art. 84Durée
La durée maximale du droit de superficie constitué à titre onéreux est de 40 ans. Il peut être renouvelé par accord exprès des parties.
Art. 85Droits du superficiaire
Le superficiaire dispose sur les constructions de tous les attributs de la propriété : usage, jouissance, disposition, transmission à titre gratuit ou onéreux.
Art. 86Obligations
Le superficiaire est tenu d'entretenir les constructions et ouvrages, d'acquitter les charges et taxes y afférentes, et de respecter la destination prévue au contrat.
Art. 88Cession
Le droit de superficie est cessible. Le superficiaire peut librement céder son droit à un tiers, sauf clause contraire du contrat de constitution.
Art. 91Hypothèque
Le droit de superficie peut être hypothéqué au profit d'un créancier, l'hypothèque portant alors sur les constructions et non sur le sol.
Art. 93Extinction
À l'extinction du droit de superficie, la propriété des constructions revient de plein droit au tréfoncier par le jeu de l'accession, sauf clause contraire.

Comment évaluer un droit de superficie selon les standards RICS ?

L'évaluation d'un bien grevé d'un droit de superficie est l'un des exercices les plus délicats de l'expertise immobilière. Le Red Book RICS 2025 n'y consacre pas une VPGA spécifique, mais la combinaison de VPS 4 (Bases of Value) et VPS 5 (Valuation Approaches) fournit le cadre méthodologique adapté.

Le principe fondamental : l'expert doit décomposer la valeur en deux— la valeur résiduelle du sol (tréfoncier) et la valeur actuarielle du droit de superficie (superficiaire) — en tenant compte de la durée résiduelle, du taux d'actualisation marché et de la valeur vénale des constructions à l'échéance.

Formule actuarielle de démembrement

Pour un droit de superficie de durée résiduelle n années, le coefficient de démembrement appliqué à la valeur pleine des constructions est :

Vsuperficiaire = Vpleine × [(1 − (1+i)−n) / i]

i = taux d'actualisation marché (entre 6 et 9 % au Maroc en 2026 selon la typologie du bien et la localisation) et n = durée résiduelle du droit en années.

Cette formule, utilisée aussi pour l'usufruit et le bail à construction, traduit la logique économique du droit : plus la durée résiduelle est longue, plus le superficiaire bénéficie d'un droit proche de la pleine propriété. À l'inverse, un droit de superficie de 5 ans résiduels vaut typiquement moins de 40 % de la valeur pleine des constructions — une décote de 60 % que peu d'acheteurs non avertis savent appréhender.

Étude de cas : une zina de 180 m² à Derb Omar, Casablanca

Un commerçant marocain exploite depuis 2010 un local commercial de 180 m² au rez-de-chaussée d'un immeuble historique du quartier Derb Omar à Casablanca. Il détient une zina — la propriété des constructions, murs et cloisons — tandis que le sol appartient à une famille héritière du propriétaire originel. Le droit de superficie a été constitué en 2010 pour une durée de 25 ans, expirant en 2035.

En 2026, il souhaite hypothéquer sa zina pour financer un projet commercial. Sa banque mandate une expertise conforme VPGA 2 Red Book. Voici comment ReaConsult aurait structuré le rapport.

Étape 1 — Valeur vénale pleine des constructions

  • Surface : 180 m² utiles
  • Prix moyen au m² (comparables 2026 Derb Omar commercial) : 22 000 MAD/m²
  • Valeur vénale pleine : 180 × 22 000 = 3 960 000 MAD

Étape 2 — Application du coefficient actuariel

  • Durée résiduelle : 2035 − 2026 = 9 ans
  • Taux d'actualisation marché (commercial Casablanca centre) : 7,5 %
  • Coefficient de démembrement : (1 − (1,075)−9) / 0,075 = 0,647
  • Valeur actuarielle du droit = 3 960 000 × 0,647 = 2 562 000 MAD

Conclusion de l'expertise

Valeur de Marché (Market Value, VPS 4) retenue pour la garantie hypothécaire : 2 560 000 MAD. La banque peut financer jusqu'à 70 % de cette valeur, soit 1 792 000 MAD. Si l'expert avait ignoré le démembrement et appliqué naïvement la valeur pleine (3 960 000 MAD), la banque aurait accordé 2 772 000 MAD — soit 980 000 MADde crédit sur-garanti. En cas de défaut à l'approche de 2035, la banque aurait perdu toute récupération puisque la zina s'éteindrait au profit du tréfoncier.

Cet exemple illustre pourquoi une expertise hypothécaire conforme VPGA 2est indispensable sur les biens grevés. L'erreur méthodologique — pourtant fréquente — peut coûter très cher au prêteur comme à l'emprunteur.

Les 5 pièges à éviter pour l'acquéreur et le prêteur

  1. Confondre zina et pleine propriété : un acte notarié imprécis peut laisser croire à la pleine propriété alors qu'il ne s'agit que du droit sur les constructions. Toujours vérifier la rubrique « nature du droit » inscrite au titre foncier de la conservation.
  2. Oublier la durée résiduelle : acheter une zina à 3 ans de l'échéance revient à acheter un immeuble dont on perdra tous les droits en 2029. Seule une expertise chiffrée révèle la vraie valeur.
  3. Ignorer la clause d'indemnisation à l'extinction : sans clause prévoyant une indemnité en fin de droit, le superficiaire perd tout. C'est la disposition contractuelle la plus importante — et la plus souvent négligée.
  4. Hypothéquer sans évaluation actuarielle : la banque qui accepte une garantie basée sur la valeur pleine prend un risque massif. Une décote de 20 à 60 % doit être appliquée selon la durée résiduelle.
  5. Ignorer l'obligation d'inscription au titre foncier : un droit de superficie non inscrit à la conservation foncière est inopposable aux tiers — notamment à un acquéreur ultérieur du sol de bonne foi, qui peut faire valoir l'accession sans limite.

Jurisprudence marocaine : l'arrêt fondateur de 1965

La jurisprudence marocaine sur le droit de superficie est peu abondante mais structurée autour d'un arrêt fondateur de la Cour Suprême du Maroc — 16 février 1965, arrêt n° C180, qui a posé le principe toujours applicable aujourd'hui : un droit de zina non inscrit au titre foncier est inopposable aux tiers sur les biens immatriculés.

Arrêt Cour Suprême Maroc — 16 février 1965 — C180

Les faits

Des locataires commerciaux occupant des locaux sur un terrain immatriculé invoquaient un droit de zina coutumier non inscrit au titre foncier pour s'opposer à une action en révision de loyer commercial engagée par le propriétaire du sol. Ils prétendaient que leur droit traditionnel primait sur les règles d'opposabilité de l'immatriculation.

Le principe établi

La Cour a rejeté le pourvoi en rappelant l'article 66 du dahir du 12 août 1913relatif à l'immatriculation foncière : « tout droit réel relatif à un immeuble immatriculé n'existe à l'égard des tiers que par le fait et du jour de son inscription ». Les droits coutumiers comme la zina restent régis par les usages (art. 197 du dahir du 2 juin 1915), mais ne peuvent être opposés aux tiers sur un bien immatriculé sans être préalablement inscrits à la conservation foncière.

Portée actuelle de l'arrêt

Ce principe a été intégré par les juridictions postérieures et par le Code des droits réels lui-même — article 83 exigeant l'inscription du droit de superficie au titre foncier, et article 91confirmant que l'hypothèque qui le grève doit également être inscrite. La règle vaut pour toutes les transactions modernes : sans inscription, le droit existe entre les parties contractantes mais ne peut être invoqué contre un tiers de bonne foi.

Conséquences pratiques pour l'acquéreur et l'expert

L'arrêt C180 a trois conséquences opérationnelles majeures dans toute expertise ou transaction :

  • Vérification systématique au titre foncier : avant toute mission, l'expert consulte la conservation foncière pour vérifier l'inscription effective du droit de superficie revendiqué. Un acte notarié ne suffit pas — seule l'inscription au registre foncier rend le droit opposable.
  • Décote pour droit non inscrit : un droit de superficie qui repose uniquement sur un acte sous seing privé ou notarié sans inscription foncière doit être fortement décoté — voire considéré comme nul dans l'approche de valorisation.
  • Refus d'expertise : dans les cas extrêmes où aucune preuve d'inscription ne peut être apportée et où la situation juridique est confuse, l'expert RICS certifié doit refuser la mission selon le principe de prudence (VPGA 2 §4).

D'autres décisions postérieures de la Cour de cassation ont confirmé cette ligne — notamment sur les droits traditionnels dans les médinas anciennes de Fès et Marrakech — et toutes ces jurisprudences sont désormais accessibles via le portail officiel de la Cour de cassation marocaine, rendu public depuis janvier 2022.

Questions fréquentes sur le droit de superficie au Maroc

Qu'est-ce que le droit de superficie au Maroc ?

Le droit de superficie est un droit réel qui permet à une personne — le superficiaire — de posséder des constructions, plantations ou ouvrages sur un terrain appartenant à une autre personne, le tréfoncier. Il est défini aux articles 82 à 94 du Code des droits réels marocain (loi n° 39-08). Il constitue une exception au principe général selon lequel la propriété du sol emporte celle du dessus et du dessous (accession).

Quelle différence entre zina et houa au Maroc ?

La zina désigne le droit de superficie sur une construction existante — la surface bâtie elle-même, ses murs, ses cloisons, son usage. La houa désigne le droit de construire en surélévation ou dans le volume d'air au-dessus d'une construction existante. Concrètement, la zina est la propriété d'un étage construit, la houa est le droit d'en ajouter un nouveau par-dessus. Ces deux notions sont intégrées au Code des droits réels mais trouvent leur origine dans le droit coutumier marocain et musulman classique.

Quelle est la durée maximale d'un droit de superficie au Maroc ?

Selon l'article 84 du Code des droits réels, le droit de superficie ne peut excéder 40 ans lorsqu'il est consenti à titre onéreux par contrat, renouvelable par accord exprès des parties. Un droit de superficie perpétuel ou illimité dans le temps est juridiquement impossible depuis l'entrée en vigueur de la loi 39-08. À l'échéance, la propriété des constructions revient de plein droit au tréfoncier, sauf clause contraire prévoyant une indemnité.

Comment évalue-t-on un bien grevé d'un droit de superficie selon RICS ?

L'évaluation d'un bien grevé d'un droit de superficie nécessite une approche différente de la méthode comparative classique. Selon le Red Book RICS VPS 5 et les standards IVS, l'expert doit distinguer la valeur du tréfoncier (le sol) et celle du superficiaire (les constructions). Pour chaque partie, l'expert applique une formule actuarielle qui tient compte de la durée résiduelle du droit, du taux d'actualisation marché et de la valeur vénale des constructions. Dans la pratique marocaine, la décote appliquée à un bien partiellement grevé varie de 15 à 35 % selon la durée résiduelle.

Le droit de superficie peut-il être hypothéqué au Maroc ?

Oui. L'article 91 du Code des droits réels autorise expressément l'hypothèque du droit de superficie au profit d'un créancier. La banque prêteuse peut donc inscrire une hypothèque sur la zina d'un superficiaire, mais elle devra tenir compte de la durée résiduelle du droit pour déterminer le montant qu'elle accepte de financer. Une expertise RICS conforme VPGA 2 est indispensable pour fixer la valeur actuarielle nette du droit, seul fondement valable d'une décision de crédit prudente.

Que se passe-t-il à la fin du droit de superficie ?

À l'échéance du droit de superficie, l'article 93 du Code des droits réels prévoit que la propriété des constructions revient au tréfoncier par le jeu de l'accession. Sauf clause contraire, le superficiaire perd alors tous ses droits sur les constructions qu'il a élevées, sans pouvoir réclamer d'indemnité. Il est donc essentiel, lors de la négociation du contrat initial, de prévoir une clause d'indemnisation à l'expiration — à défaut, le superficiaire se retrouve démuni au bout de 40 ans, ce qui peut constituer une perte patrimoniale considérable.

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