Réponse détaillée
**Une base unique : la valeur de reconstruction à neuf, hors foncier**
Un même immeuble porte trois valeurs distinctes, et les confondre est la première cause de sinistres mal indemnisés :
- **La valeur nette comptable** : le prix d'acquisition diminué des amortissements. Une grandeur fiscale et comptable, déconnectée du coût réel de reconstruction.
- **La valeur vénale** : ce que l'actif se vendrait sur le marché, terrain inclus.
- **La valeur de reconstruction à neuf** : le coût de rebâtir le bâtiment à l'identique, hors foncier, majoré des frais accessoires. C'est elle, et elle seule, qui doit servir de base aux capitaux assurés.
**Comment se chiffre la valeur de reconstruction**
Elle s'établit par l'approche par le coût : combien faudrait-il dépenser, aux conditions du moment, pour reconstruire à l'identique le bâtiment sinistré ? Elle se compose de :
- **Le coût de construction à neuf** du bâti, fonction des surfaces, du mode constructif et du niveau de prestations.
- **Les frais accessoires** : démolition, déblaiement, honoraires de maîtrise d'œuvre, et selon le contrat, frais de mise en conformité.
- **Foncier exclu** : le terrain survit au sinistre, il n'entre jamais dans les capitaux assurés.
Un entrepôt peut coûter plus cher à reconstruire qu'il ne se revendrait ; à l'inverse, un immeuble de bureaux sur un foncier prisé vaudra plus à la vente que ce qu'il coûte à rebâtir. C'est pourquoi la valeur d'assurance est techniquement étrangère à la valeur vénale comme à la valeur comptable.
**La vétusté : valeur à neuf ou valeur vénale**
Le traitement de l'usure du bâti dépend entièrement des clauses de la police :
- **Garantie « valeur à neuf »** : l'assureur vise à reconstruire à l'identique sans déduire la vétusté (souvent dans une certaine limite et sous conditions de reconstruction effective).
- **Indemnisation en valeur vénale** : l'indemnité est versée vétusté déduite ; l'assuré supporte le différentiel entre le neuf et le déprécié.
Il n'existe pas de taux de vétusté standard : tout figure dans le contrat. Seule la lecture de la police, au besoin appuyée d'une expertise de l'état du bâti, tranche.
**Le risque de la sous-assurance : la règle proportionnelle de capitaux**
Le code des assurances marocain (loi 17-99) consacre la règle proportionnelle de capitaux : si, au jour du sinistre, le capital déclaré au contrat se révèle inférieur à la valeur réelle de la chose assurée, l'assureur peut réduire l'indemnité dans le rapport de la valeur déclarée à la valeur réelle — y compris pour un sinistre partiel. Les modalités exactes (seuils de tolérance, clauses dérogatoires) relèvent de votre contrat : confirmez-les auprès de votre assureur ou courtier.
À l'inverse, aligner les capitaux sur une valeur vénale gonflée par le foncier conduit à la sur-assurance : une prime payée sur une assiette qui ne sera jamais indemnisée.
**Indexer et réviser**
Même calibré correctement, un capital assuré vieillit : les coûts de construction évoluent et un montant figé glisse vers la sous-assurance. Vérifiez l'existence d'une clause d'indexation suivant un indice pertinent du coût de la construction, et révisez les valeurs après chaque opération significative (extension, rénovation lourde, nouvel actif).
**En cas de désaccord avec l'assureur**
L'assuré peut mandater son propre expert d'assuré pour défendre son chiffrage ; beaucoup de contrats prévoient une tierce expertise en cas de désaccord persistant. C'est une négociation amiable documentée : une telle expertise n'est ni opposable ni recevable au tribunal en tant que telle — en contentieux, c'est le juge qui désigne l'expert judiciaire. Sa valeur tient à sa qualité technique.
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