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Transmettre un bien au Maroc : donation de son vivant ou succession, quelles règles fiscales ?

La question revient à chaque réunion de famille : faut-il donner le bien de son vivant (donation Hiba) ou le laisser à la succession ? Aucune des deux voies ne déclenche de TPI à la transmission. Les droits d'enregistrement de la Hiba en ligne directe sont une chose ; mais la question se prolonge sur la valeur retenue à la transmission, qui est aussi, pour un bien hérité, le prix d'acquisition servant au calcul de la TPI lors d'une revente future. Règles du CGI, points d'attention, et rôle de l'expertise à la date de transmission.

Par · Fondateur ReaConsult — cabinet d'expertise immobilière dont les experts sont certifiés RICS
Publié le 12 juin 2026 · Mis à jour le 15 octobre 2026 · 9 min de lecture
Donation Hiba ou succession au Maroc — comparatif fiscal de la transmission d'un bien immobilier et impact sur la TPI future
Donner de son vivant ou laisser à la succession : le coût immédiat n'est qu'une partie de l'équation. Pour un bien hérité, la valeur au jour du décès resurgit à la revente.

1. Deux voies de transmission, deux logiques juridiques

Au Maroc, transmettre un bien immobilier à un proche emprunte principalement deux chemins. La donation Hiba (هبة) est un acte entre vifs : le donateur transfère gratuitement et, en principe, irrévocablement la propriété d'un bien à un donataire qui l'accepte. Elle prend effet immédiatement. À l'inverse, la succession opère au décès : le bien est dévolu aux héritiers selon les règles de la Moudawana (Code de la famille), puis déclaré et enregistré.

Le cadre complet de la donation est détaillé dans notre dossier sur la donation Hiba immobilière au Maroc, et celui de la dévolution dans notre guide de la succession immobilière. L'objet de cet article est différent : comparer les deux voies sous l'angle fiscal, en intégrant l'étage que la plupart des familles oublient.

2. Premier étage : le coût immédiat de la transmission

C'est l'étage le plus visible, et celui qui pousse souvent vers la Hiba. La donation entre conjoints, ascendants et descendants en ligne directe, frères et sœurs est exonérée de TPI (art. 63-III du CGI) et supporte des droits d'enregistrement au taux de 1,5 % (art. 133-I-C-4°), à confirmer auprès de votre notaire ou conseil fiscal au moment de l'acte. La succession, elle, ne donne lieu à aucune TPI : le profit foncier n'est imposé qu'à une cession à titre onéreux ultérieure.

  • Côté donation Hiba : droits d'enregistrement de 1,5 % en ligne directe, entre époux et entre frères et sœurs, calculés sur la valeur du bien donné ; s'y ajoutent les droits ANCFCC pour la mutation du titre, les honoraires adoul/notaire et une éventuelle taxe locale. Hors de ces liens familiaux, les règles applicables sont différentes : faites-les confirmer avant l'acte.
  • Côté succession : la dévolution suit la Moudawana ; le bien est déclaré et enregistré à sa valeur vénale au jour du décès, avec les frais associés (ANCFCC, formalités, honoraires).

Pour le détail des barèmes et des cas de figure, voyez notre article sur les droits d'enregistrement cas par cas. Mais s'arrêter à ce premier étage, c'est ne lire que la moitié de la facture.

3. Deuxième étage — celui qu'on oublie : le prix d'acquisition pour la TPI future

Voici le cœur du comparatif. Un jour, le donataire ou l'héritier voudra peut-être revendre le bien. Il devra alors la Taxe sur les Profits Immobiliers (TPI), dont le taux standard est de 20 % du profit net imposable, sans pouvoir être inférieur à une cotisation minimale de 3 % du prix de cession. Et le profit net se calcule ainsi : prix de cession diminué des frais de cession, moins prix d'acquisition augmenté des frais, revalorisé par le coefficient de l'année d'acquisition (art. 65).

Tout l'enjeu tient dans ce « prix d'acquisition ». Pour un bien reçu par succession, le CGI retient comme prix d'acquisition la valeur vénale au jour du décès (art. 65-II) : soit celle inscrite sur l'inventaire dressé par les héritiers, soit, à défaut, celle déclarée par le contribuable, sans tenir compte des actes de partage ou de tout acte ultérieur au décès. Pour un bien reçu par donation exonérée en vertu de l'article 63-III, le code renvoie à d'autres références : le prix de la dernière cession à titre onéreux, augmenté des dépenses d'investissement ; ou la valeur vénale lors de la dernière mutation par héritage si elle est postérieure à cette cession ; ou le prix de revient en cas de livraison à soi-même. Autrement dit, pour un bien hérité, la valeur fixée au décès suit le bien et resurgit, des années plus tard, dans le calcul de la TPI de l'héritier.

💡 Le point d'attention : la valeur basse

Il est tentant de retenir une valeur basse à la transmission pour alléger la déclaration de succession ou l'assiette des droits sur une donation. Pour un bien hérité, cette valeur est le prix d'acquisition retenu à la revente : le profit net — donc la TPI à 20 % — est mécaniquement gonflé par l'écart entre le prix de vente réel et cette base faible. Documenter la valeur vénale au jour du décès, par un rapport d'expertise indépendant conforme aux standards RICS, fournit une base vérifiable pour le partage entre héritiers comme pour le calcul ultérieur. Ce raisonnement est développé pour le cas successoral dans notre article sur la TPI en succession.

4. Le rôle du coefficient d'actualisation

Bonne nouvelle pour le bénéficiaire : le coefficient de réévaluation prévu par le CGI (art. 65-II, grille de l'arrêté 230.26) revalorise le prix d'acquisition selon l'année d'acquisition (pour un bien hérité, l'année du décès). Mécaniquement, il réduit le profit net, donc la TPI due.

Conséquence : plus le délai entre la transmission et la revente est long, plus le coefficient revalorise la base de départ — et plus la TPI sera modérée. Le détail du mécanisme et son impact chiffré sont expliqués dans notre article dédié au coefficient d'actualisation TPI. Mais ce coefficient ne fait que revaloriser une base de départ : si cette base a été sous-estimée, aucun coefficient ne la corrigera.

5. Donation Hiba : ce qu'elle permet au-delà du fiscal

Le choix ne se résume jamais à la fiscalité pure. La Hiba présente des avantages structurels que la succession ne procure pas :

  • Transmettre du vivant, sans ambiguïté : le bien sort de la masse successorale future, ce qui peut prévenir des conflits entre héritiers.
  • Garder l'usage grâce au démembrement : avec une réserve d'usufruit, le donateur transfère la nue-propriété mais conserve la jouissance et les revenus du bien sa vie durant. À son décès, l'usufruit s'éteint et le donataire devient plein propriétaire — voir nos articles sur l'usufruit immobilier et les décotes en indivision et démembrement.
  • Clauses d'encadrement : droit de retour, inaliénabilité temporaire, charge de soins — autant d'outils pour moduler les effets de la donation sans la dénaturer.

Le garde-fou de la Moudawana : au regard de la réserve héréditaire, une Hiba excessive en faveur d'un seul héritier peut être réduite a posteriori si elle empiète sur la part réservataire d'un autre héritier. D'où l'intérêt d'une simulation patrimoniale globale avant de signer.

6. Le choix de l'acte — adoul ou notaire — et le cas MRE

La Hiba est traditionnellement constatée par acte adoulaire ; elle peut être notariée, ce qui est recommandé pour les biens immatriculés et pour la lisibilité à l'international (voir notre comparatif adoul vs notaire). Pour un donataire MRE, l'acte notarié bilingue facilite les démarches dans le pays de résidence, où le bénéficiaire peut avoir des obligations déclaratives propres : la convention fiscale entre ce pays et le Maroc organise l'articulation des impositions, et il convient de faire vérifier votre situation par un conseil dans votre pays de résidence.

Dans tous les cas, qu'il s'agisse d'une donation ou d'une succession, l'acte se construit sur une valeur. Le notaire ou l'adoul formalise ; il n'a ni le rôle ni la vocation d'établir la valeur vénale du bien. C'est précisément ce point qui fonde la suite du dossier.

7. Comparatif synthétique — comment trancher

  • Si l'objectif est de transmettre maintenant, garder l'usage et éviter les conflits : la Hiba, éventuellement avec réserve d'usufruit, est souvent la voie la plus souple sur le plan patrimonial — sous réserve du respect de la réserve héréditaire.
  • Si le bénéficiaire revendra probablement un jour : le critère n'est pas seulement le coût immédiat, mais le prix d'acquisition que le code retiendra pour la TPI : pour un bien hérité, la valeur vénale au jour du décès. La documenter tôt évite de devoir la reconstituer des années plus tard.
  • Si plusieurs héritiers sont concernés : l'objectivation de la valeur par un rapport indépendant limite les contestations, que l'on choisisse la donation ciblée ou la dévolution successorale.
  • Dans tous les cas : aucune décision n'est purement fiscale. Coordonnez notaire/adoul, fiscaliste et expert avant de figer l'acte.

8. La pièce qui sécurise les deux scénarios : l'évaluation à la date de transmission

Que vous penchiez pour la donation ou pour la succession, un dénominateur commun s'impose : la valeur vénale du bien à la date de transmission. C'est elle qui sert d'assiette aux droits d'enregistrement de la Hiba ou à la déclaration de succession et, pour un bien hérité, c'est elle qui constitue le prix d'acquisition de l'héritier pour sa TPI future. Une évaluation documentée donne une base vérifiable pour ces deux usages.

Nos experts certifiés RICS établissent cette valeur par un rapport conforme aux standards RICS — état du bien constaté, surfaces vérifiées, comparables documentés, et, le cas échéant, calcul économique du démembrement (usufruit/nue-propriété). Ce rapport est remis comme pièce technique à l'adoul ou au notaire avant la rédaction de l'acte. Coût : à partir de 3 500 MAD HT, rapport sous 5 à 8 jours (48-72 h en express), devis ferme sous 24 h. Cette démarche est précisément celle décrite dans notre dossier sur l'expertise immobilière en succession.

9. FAQ

Au moment de la transmission, que coûtent respectivement la donation et la succession ?

Entre conjoints, ascendants/descendants et frères et sœurs, la donation est exonérée de TPI (art. 63-III) et supporte 1,5 % de droits d'enregistrement (art. 133-I-C-4°), à confirmer auprès du notaire au moment de l'acte. La succession suit la dévolution selon la Moudawana, sans TPI. Mais le coût immédiat n'est qu'un étage du comparatif : pour un bien hérité, la valeur vénale au jour du décès est le prix d'acquisition retenu pour la TPI à la revente.

Pourquoi la valeur retenue doit-elle être documentée plutôt que minorée ?

Parce que, pour un bien hérité, cette valeur est le prix d'acquisition retenu à la revente. Le profit net imposable à la TPI (20 %, minimum 3 % du prix de cession) est alors gonflé par l'écart avec le prix réel de vente. Une expertise indépendante documente la valeur vénale de façon vérifiable.

La donation sort-elle le bien de la succession future ?

La Hiba prend effet entre vifs et transfère le bien immédiatement, donc hors de la masse successorale future. Mais la Moudawana impose une réserve héréditaire : une Hiba qui empiète sur la part réservataire d'un autre héritier peut être réduite a posteriori. Une simulation patrimoniale préalable est indispensable pour calibrer la donation sans risque de réduction.

Le coefficient d'actualisation s'applique-t-il aussi à un bien donné ou hérité ?

Oui. Le coefficient de réévaluation du CGI (art. 65-II) revalorise le prix d'acquisition retenu pour le calcul du profit net à la TPI. Pour un bien hérité, ce prix est la valeur vénale au jour du décès ; pour une donation exonérée, le code renvoie au prix de la dernière cession à titre onéreux, à la valeur lors de la dernière mutation par héritage si elle est postérieure, ou au prix de revient. Confirmez l'articulation exacte avec votre notaire ou conseil fiscal.

Une expertise est-elle nécessaire pour choisir entre donation et succession ?

Le bon arbitrage repose sur des valeurs, pas sur des estimations approximatives. Un rapport d'expertise indépendant conforme aux standards RICS documente la valeur vénale à la date de transmission : assiette des droits d'enregistrement ou de la déclaration de succession et, pour un bien hérité, prix d'acquisition retenu pour la TPI. Il objective aussi le partage entre cohéritiers et le calcul d'un éventuel démembrement. Rapport sous 5 à 8 jours, à partir de 3 500 MAD HT, devis sous 24 h.

Donation ou succession ? Partez d'une valeur documentée.

Experts certifiés RICS — rapport d'expertise à la date de transmission : assiette des droits d'enregistrement ou de la déclaration de succession, et, pour un bien hérité, prix d'acquisition documenté pour la TPI de l'héritier. Sous 5 à 8 jours (48-72 h en express). Rapports conformes RICS, partout au Maroc.

Devis 24 hExpertise express 48-72 h

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Note : Cet article a une vocation méthodologique et ne constitue pas un conseil fiscal individualisé. Les taux des droits d'enregistrement, les conditions d'exonération et les modalités de calcul de la TPI relèvent du Code Général des Impôts et de la réglementation en vigueur : confirmez votre situation auprès de votre notaire ou d'un fiscaliste. La réserve héréditaire relève de la Moudawana. Pour documenter la valeur de votre bien à la date de transmission, consultez notre page expertise immobilière ou le dossier Fiscalité.

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