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Comment récupérer un bien immobilier occupé illégalement au Maroc

Bien squatté, ancien locataire qui ne part pas, occupant à titre gratuit qui refuse de quitter, administration qui occupe sans expropriation : les configurations sont multiples mais les voies de recours sont structurées. Procédure, preuves, indemnité d'occupation.

Appartement vide baigné de lumière au Maroc — récupérer un bien immobilier occupé sans droit ni titre
Récupérer un bien occupé sans titre est une procédure, pas un rapport de force. Chaque étape se documente.

1. Qualifier la situation — quatre cas types

  • Occupant sans titre (squatter) — personne sans aucun lien juridique avec le propriétaire ni titre de propriété valable.
  • Locataire impayé ou expulsé non parti — bail commercial loi 49-16 ou résidentiel loi 67-12, procédure de résiliation engagée mais non exécutée.
  • Occupant à titre gratuit qui refuse de quitter — prêt à usage révoqué, membre famille resté après divorce ou succession.
  • Administration ou collectivité qui occupe le terrain ou le bâtiment sans titre légal — voie de fait administrative (cf. expropriation non-respect).

2. Constituer la preuve — étape préalable indispensable

  • Constat d'huissier sur place — pièce maîtresse documentant l'occupation, l'identité de l'occupant si connue, l'état du bien.
  • Titre de propriété récent (certificat ANCFCC moins de 3 mois) prouvant la qualité du demandeur.
  • Mise en demeure par lettre recommandée avec AR — sommer l'occupant de libérer dans un délai raisonnable.
  • Témoignages du voisinage si pertinent.
  • Photos datées et géolocalisées.

3. La voie du référé — expulsion en urgence

Pour les occupations manifestement illégales (squatter, occupant sans titre), le juge des référés du tribunal de première instance peut être saisi pour ordonner l'expulsion en urgence. Conditions :

  • Urgence caractérisée (occupation récente, risque de dégradation, propriétaire empêché d'user de son bien).
  • Absence de contestation sérieuse sur le droit de propriété.
  • Démonstration de l'illégalité de l'occupation (pas de bail valable, pas de titre).

Décision rendue rapidement (souvent 1 à 3 semaines). Exécution forcée par autorité de police après notification.

4. La voie du fond — action en revendication

Pour les situations plus complexes (locataire bail commercial avec contestation, succession contestée, ancien occupant avec usage prolongé), passer par l'action en revendication au fond :

  • Action devant le tribunal de première instance compétent.
  • Établissement du droit de propriété + démonstration de l'occupation illégale.
  • Demande d'expulsion + indemnité d'occupation.
  • Jugement, exécution forcée si non-respect volontaire.

5. L'indemnité d'occupation — chiffrage

L'indemnité d'occupation compense la privation de jouissance subie par le propriétaire. Son montant correspond généralement à la valeur locative de marché du bien sur la période d'occupation, parfois majorée selon le préjudice. La Cour de cassation a reconnu le pouvoir souverain du juge dans la fixation de cette indemnité (Cass. Com 2021), à partir d'une expertise indépendante chiffrant la valeur locative de marché par mois.

6. Cas particulier — occupation par une administration

Lorsqu'une administration ou collectivité occupe un bien sans avoir mené la procédure d'expropriation régulière (DUP, cessibilité, indemnisation), il s'agit d'une voie de fait administrative — الاعتداء المادي. La compétence relève du juge administratif. Recours : référé administratif pour cessation immédiate, plein contentieux pour indemnité d'occupation et préjudice. Précédents : voir notre article dédié sur l'expropriation non respect de procédure.

7. Récapitulatif des étapes recommandées

  • (1) Constat d'huissier + mise en demeure RAR.
  • (2) Expertise indépendante chiffrant la valeur locative de marché.
  • (3) Avocat spécialisé saisit le référé pour expulsion urgente OU le fond pour action complète.
  • (4) Jugement et exécution forcée si nécessaire.
  • (5) Demande d'indemnité d'occupation rétroactive.

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