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Contentieux · Recours1 juin 2026 · 12 min de lecture

Problèmes avec le syndic au Maroc
droits des copropriétaires et recours loi 106-12

Un syndic qui ne fait pas son travail est un problème majeur pour une copropriété : pas d'AG, pas de comptes, pas de travaux, pas d'informations. La loi 106-12 offre une palette graduée de recours aux copropriétaires, du rappel à l'ordre amiable jusqu'à la désignation judiciaire d'un syndic provisoire. Cet article les passe en revue, du moins lourd au plus lourd.

Problèmes avec le syndic recours loi 106-12 Maroc
Face à un syndic défaillant, la loi 106-12 offre des outils gradués — encore faut-il les connaître et les activer dans le bon ordre.

1. Identifier précisément la défaillance

Avant de basculer dans le contentieux, il faut nommer précisément le manquement. Les défaillances syndic les plus fréquentes au Maroc :

  • Absence d'AG annuelle — pas convoquée depuis 18 ou 24 mois
  • Absence de comptes — pas de bilan annuel, pas d'arrêté des comptes, pas de rapport de gestion
  • Refus de communication — ne répond pas aux demandes du conseil syndical, refuse l'accès aux pièces comptables
  • Travaux votés non exécutés — décision d'AG prise depuis 6 ou 12 mois sans suite
  • Mauvaise gestion financière — appels de fonds erratiques, factures impayées, fournisseurs qui menacent de couper
  • Conflits d'intérêts — entreprises facturant la copropriété appartenant à un proche du syndic, marges occultes
  • Détournement — sommes encaissées non versées au compte syndicat, pièces comptables falsifiées

La gradation des recours doit être proportionnée. Un simple retard d'AG n'appelle pas la même réponse qu'un détournement avéré.

2. Recours niveau 1 — le conseil syndical

Le conseil syndical est l'interface organique entre les copropriétaires et le syndic. Il a, depuis la loi 106-12, un droit large d'accès aux documents (extraits de compte, factures, contrats, courriers) et un pouvoir de mise en garde. Première action : une lettre du président du conseil syndical au syndic, rappelant les obligations, fixant un délai, et menaçant de la suite.

Si le syndic répond et corrige, l'affaire est close. S'il ignore ou répond évasivement, il faut basculer vers la mise en demeure formelle. Beaucoup de problèmes se règlent à ce niveau parce que le syndic comprend que les copropriétaires sont organisés.

3. Recours niveau 2 — la mise en demeure formelle

La mise en demeure est obligatoire avant toute action judiciaire — c'est elle qui constitue la preuve que le syndic a été averti et n'a pas régularisé. Forme : LRAR ou exploit d'huissier. Contenu :

  • Liste précise et chiffrée des manquements (références aux PV d'AG, dates, articles loi 106-12)
  • Délai de régularisation raisonnable (15 à 30 jours)
  • Liste des suites envisagées en cas de non-régularisation (AG extraordinaire de révocation, action en référé, plainte pénale le cas échéant)
  • Signée par le président du conseil syndical ou un nombre suffisant de copropriétaires

4. Recours niveau 3 — l'AG extraordinaire de révocation

Si le syndic persiste, la voie la plus directe et la moins coûteuse est de convoquer une AG extraordinaire pour le révoquer et désigner un remplaçant. La loi 106-12 autorise un quart des copropriétaires représentant un quart des tantièmes à convoquer eux-mêmes l'AG si le syndic refuse de le faire.

L'ordre du jour comporte alors deux résolutions : (1) révocation du syndic en exercice pour faute (motifs détaillés au PV), (2) désignation d'un nouveau syndic (présentation des candidats, contrat proposé). Vote à la majorité simple suffit. Le PV de révocation est notifié au syndic révoqué et opposable aux tiers (banques, fournisseurs, locataires).

5. Recours niveau 4 — le mandataire ad hoc

Quand l'AG ne peut pas se tenir (le syndic empêche, les copropriétaires sont divisés, le quorum n'est pas atteint), tout copropriétaire peut saisir le président du tribunal de première instance en référé pour demander la désignation d'un mandataire ad hoc. Le mandataire — souvent un expert-comptable ou un administrateur judiciaire — a une mission précise et limitée : convoquer l'AG, présider la séance, vérifier les comptes.

C'est une mesure intermédiaire : on ne dessaisit pas le syndic, on lui adjoint un tiers de confiance pour débloquer une situation. Délai pour obtenir l'ordonnance : 4 à 8 semaines. Coût : 5 000 à 15 000 MAD selon mission.

6. Recours niveau 5 — le syndic judiciaire provisoire

La voie ultime : demander en référé la désignation d'un syndic judiciaire provisoire qui se substitue intégralement au syndic défaillant. Cette procédure s'applique quand :

  • Le syndic a démissionné, est décédé, ou a disparu sans laisser de successeur
  • Le syndic est sous le coup d'une procédure pénale
  • La copropriété est paralysée — pas d'AG possible, pas de gestion possible
  • Il existe un péril financier ou structurel imminent

Le syndic judiciaire prend toutes les missions de gestion jusqu'à ce qu'une AG régulière puisse désigner un syndic définitif (généralement 6 à 12 mois). Coût : élevé (15 000 à 50 000 MAD pour la procédure et la mission initiale), mais c'est souvent le seul moyen de sauver une copropriété en perdition.

7. Engager la responsabilité du syndic

Au-delà du remplacement, le syndic défaillant peut être recherché en responsabilité. Trois voies :

  • Responsabilité civile (DOC, mandat) — réparation du préjudice causé par sa faute de gestion (intérêts de retard payés à un fournisseur, sur-coût de travaux mal négociés). Action devant le tribunal de première instance, prescription 5 ans
  • Responsabilité pénale en cas d'abus de confiance ou de détournement (art. 547 et suivants du Code pénal) — plainte au procureur, instruction, audience correctionnelle
  • Action en cessation d'assurance professionnelle pour les syndics professionnels — si l'assureur RC pro est mis en cause, c'est une pression supplémentaire qui accélère la régularisation
À retenir.N'attendez pas que la copropriété tombe en ruine. Dès qu'un syndic montre des signes répétés de défaillance (deux AG sautées, comptes non produits, refus d'accès), enclenchez la séquence : conseil syndical → mise en demeure → AG de révocation. Chaque étape laisse une trace écrite qui servira si vous devez aller en justice ensuite.

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